De la synthèse à la normalité: l’équation du cadavre à la renverse.
4 Sept

Le 17 octobre 2011 au matin nous avons, A gauche pour de vrai!, fait le choix d’une gauche ancrée à gauche, d’une gauche qui s’assume, d’une gauche volontaire, d’une gauche qui fait des choix! Car l’orientation générale du parti socialiste dans lequel nous militions alors, sous l’impulsion de son candidat à la présidentielle qui ne voulait surtout pas d’une gauche dure au sortir de la primaire, était celle de la synthèse permanente, de la normalité, du ni oui ni non, du pile et face en même temps. Sauf que la probabilité que la pièce, une fois jetée en l’air, retombe, après quelques rebonds, sur sa tranche et tienne l’équilibre parfait entre le côté pile et le côté face relève tout bonnement de l’impossible.
Tout avait commencé avec la synthèse improbable imposée par le premier secrétaire du PS de l’époque, un certain François Hollande, au congrès du Mans. La sociale démocratie française ne serait ni de gauche, ni de droite. Elle adopterait une stratégie progressiste et conservatrice. Elle serait pour le TCE et défendrait dans le même temps l’Europe sociale des peuples. En clair, la sociale démocratie française serait la synthèse de toutes les pensées parlementaires du pays. Si bien qu’en 2007 Sarkozy est “magistralement” élu sur la base de choix et d’un clivage hyper droitier. Et le PS était incapable d’imposer sa thèse politique pour les Français et donc d’opposer une résistance efficace à la dérive populiste de l’UMP, tout simplement parce qu’il n’avait aucune thèse politique à faire valoir. La conséquence de ce vide politique était un chaos indescriptible, rappelez vous:
- sitôt que la candidate socialiste avançait une proposition elle était contredite par les ténors du PS,
- sitôt que les ténors du PS avançaient une proposition elle était contredite par la candidate à la présidence,
- Bayrou telle Juliette écoutait de son balcon parisien la sérénade de Ségolène tel Roméo se découvrant un amour sans faille mais totalement improvisé pour le centrisme à 72 heures d’un deuxième tour cruciale pour la France.
L’épilogue de la synthèse interviendra en 2008, lorsque le premier secrétaire du PS, le certain François Hollande, ne pourra même pas faire son discours de clôture de congrès à Reims car les militants présents, et nous y étions, étaient chauds comme des bouillottes à l’égard de leur premier secrétaire qui a conduit leur parti dans une impasse totalement chaotique. “Ce cadavre à la renverse, comme on qualifiait le Parti socialiste quand je suis arrivée…nous faisions pitié” se souvient une certaine Martine en 2011.
Tout se poursuit désormais avec la normalité, cette notion issue de la statistique et qui se veut être le centre d’une distribution numérique, coupant la droite et la gauche en son milieu. La normalité hollandaise devient ainsi l’incarnation de la norme, l’incarnation du centre arithmétique, la synthèse de ce que pense le plus grand nombre pour en être le représentant. Ainsi pas de vague, tout le monde sera d’accord dans un monde sans conflit et sans choix à faire:
- le nucléaire? Disons 50/50! Comme ça on pourra dire qu’on est pour l’écologie et pour l’énergie d’avenir qu’est la fission de l’atome.
- Le SMIC? Disons moins de 1%! comme ça on pourra dire aux salariés qu’on l’a augmenté tout en se défendant de ne pas l’avoir trop fait auprès du MEDEF.
- Les Roms? disons qu’on les expulse mais avec une décision de justice. Comme ça on pourra apparaître comme fermes et humains à la fois.
- La fonction publique? Disons qu’on recrute 60 000 profs d’un côté et on gèle toute embauche ailleurs comme ça le résultat de l’opération sera bien nul.
- Le financement de la protection sociale? Disons qu’on va abolir la TVA sociale mais on instaurera une augmentation de la CSG. Comme ça on apparaîtra comme les adversaires de Sarkozy tout en ménageant les entreprises.
- La dictature des marchés? Disons qu’on va faire la guerre à la finance mais on dînera avec les grands patrons pour pacifier les relations avec les marchés.
- L’Europe de l’austérité? Disons qu’on va d’abord faire de la rigueur la première moitié du mandat puis de la redistribution la seconde moitié. Comme ça on sera dans l’austérité juste.
Et comme à l’époque de la synthèse, la stratégie de la normalité qui génère la politique du ni oui, ni non, poussent certains membres de l’équipe Hollande à dire oui quand d’autres prononcent un non. Ainsi, le ministre du redressement productif déclare ne pas être d’accord avec les décisions du ministre de l’économie. Ainsi, la ministre de la culture dément le ministre délégué au budget. Tout cela nous rappelle, A gauche pour de vrai! l’état d’improvisation permanente du parti de la rose durant 11 ans avec un sommet atteint lors des présidentielles de 2007.
Sauf que le laboratoire expérimental de l’équation statistique de la synthèse n’est plus le parti social libéral français, mais la France toute entière. Et déjà, ce que l’on observait dans le laboratoire restreint des arithméticiens de la synthèse jusqu’en 2008, on commence à le constater à l’échelle du pays avec l’équation de la normalité. Les Français divorcent de leur président tout comme les militants divorçaient de leur premier secrétaire.
Car les Français ont voté pour tourner la page du sarkozysme, pour une autre politique, différente et tranchée. A la place ils ont une politique du ni oui, ni non, une politique du lancé de pièce dans l’espoir qu’elle retombe sur sa tranche, ni du côté pile, ni du côté face. Les Français ont pourtant dit le 6 mai qu’il ne voulait surtout plus de la face droite de la pièce. Ils ne se doutaient pas qu’ils n’auraient pas droit à sa face gauche. Et ils s’inquiètent les Français. Car à force de chercher à faire tomber la pièce sur sa tranche, à force de ne pas faire le choix d’une gauche qui relance, qui soutient ses salariés, qui soutient sa fonction publique, qui soutient sans faille le progrès économique et social, le risque que la France devienne un cadavre à la renverse n’est plus tout à fait à écarter.
Sydne93
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